Les Biffins de la Porte Montmartre (puces de Saint-Ouen)

Les Biffins de la Porte Montmartre (puces de Saint-Ouen)

12 mars 2010

Chroniques d'un biffin

« Il est certain que cet écrit ne fera pas de brûlot et n’attisera pas la passion ni l’effervescence, mais ne laissera pas non plus indifférent et, comme on dit, heureusement que la connerie n’est pas remboursée par la sécurité sociale qui, avouons-le, a d’autres chats à fouetter et surtout beaucoup de pigeons à plumer.
Bref dans l’intérêt général et au lieu de prendre mon mal en patience et de prendre un peu de recul, je prends la plume afin de gribouiller ces quelques lignes. Après les appels au secours et à la raison que j’ai lancés aux politiques pour plus d’emplacements aux biffins et précaires qui sont restés sur le carreau et après ce premier prologue qui a conclu à la création de ce fameux « carré ».
L’heure des responsabilités et du travail a désormais sonné et il n’y a pas de place à la rancune et aux jérémiades. Tous les biffins doivent se serrer les coudes et remonter les manches pour œuvrer et préserver cet acquis fût-il si modeste. Hommage surtout aux plus vieux des biffins ceux qui perpétuent cette tradition contre vents et marées ; cette tradition qui a probablement ses règles et impératifs.
J’envoie ce message clair à tous pour leur rappeler qu’un accueil chaleureux doit être réservé aux visiteurs de notre marché et probables acheteurs, sans omettre de renseigner et d’expliquer le fonctionnement et le but de la biffe aux curieux, un sourire franc et pas commercial doit être affiché sur les lèvres incite souvent à la conversation et au contact que les visiteurs cherchent à nouer. Il arrive qu’un client soit gêné pour demander un prix ou de marchander, soit par timidité, proposez-lui un prix et laissez-lui une marge pour marchander s’il est intéressé par un article et surtout pas de prix fixe ; acceptez pour l’anecdote la carte bleue. L’acheteur doit être à l’aise, l’aborder gentiment et sans insister, c’est souvent payant. Beaucoup de petites gens viennent chercher des produits à des prix modiques et ont du mal à joindre les deux bouts comme nous. Agissant ainsi tout le monde trouve son compte et cela grâce à la générosité de tout le monde. Parler ne coûte rien, renseigner le client s’il le désire sur l’origine de la trouvaille et de l’objet, raconter son origine et son histoire s’il en a et sans baratin.
Seul le Dieu de la biffe dit que, derrière chaque chineur, chaque biffin et chaque objet sommeille une histoire ou un fait marquant le propriétaire qui s’en sépare souvent avec regret et tristesse, mais le besoin prend le dessus souvent et ne laisse pas le choix.
Maintenant et concernant le combat pour plus d’emplacements à Paris et à Saint-Ouen, nous rappelons aux politiques leurs promesses pour l’extension de l’expérience aux autres marchés ou quartiers de la capitale et en voici les principales : le jeudi 15 octobre 2009 à la mairie du 18e lors du bilan du maire M. Delanoë, celui-ci, sa première adjointe, Mme Hidalgo, et M. Vaillant, maire du 18e, ont promis tous d’étendre l’expérience si celle-ci donne satisfaction. Le 19 novembre et cette fois lors du bilan de M. Delanoë à la mairie du 20e, il a promis la création de cent (100) places aux biffins du marché de Montreuil. Sans oublier le mercredi 14 octobre, M. Vaillant affirme haut et fort et mot à mot s’il vous plaît : « Si l’expérience est concluante, elle pourra être reprise ailleurs en Ile-de-France » (voir le quotidien Métro du 14/10/09). Gérald Briant, adjoint au maire du 18e chargé des affaires sociales et de la lutte contre l’exclusion dans le numéro du 18e ensemble de décembre 2009 : « Il ne s’agit que d’une première étape encourageante, un bilan sera dressé à la fin de cette année. » C’est encourageant d’autant plus que les biffins ne lâcheront pas, seront attentifs à leur avenir et à la réussite de cette entreprise. Prenons-les au mot de sorte que cette expérience ne sera pas sans lendemain, notre combat continue toujours dans le respect, l’engagement et la bonne humeur. Et comme on dit, on ne change pas le socle d’une charrue au milieu d’un sillon ; aller toujours de l’avant, manifester quand on juge que c’est opportun, tracter, faire les marchés et qu’en sais-je»?
Une lutte active et massive dans l’union. N’oublions pas que nous sommes tous des sang-mêlés et que l’on fait tous partie de la même famille : la famille humaine. Gardons les pieds sur terre et pas de fanfaronnade, toujours la modestie et pas de vainqueur ni vaincu ; le mépris et la méchanceté, on les laisse à ceux obnubilés par le pouvoir et le règne qui rendront compte tôt ou tard surtout à leur conscience s’ils ne l’ont pas vendus au Diable. Sachez bien, Messieurs les politiques, qu’une montre arrêtée donne l’heure juste deux fois par jour.
Ne sous-estimez pas ces petites gens, si modestes soient-ils. Ils ont des ressources insoupçonnées et sont très déterminés. Ils croient dur comme fer à leur cause juste et ils ont plein de rêves dans la tête, ne se tourmentant pas pour si peu, dites-vous bien et enfin la cerise, ils s’acquittent régulièrement de leurs droits civiques. À bon entendeur Tartuffe. Quant à Madame Rouillon, maire de Saint-Ouen pour ceux qui ne la connaissent pas encore, un emplacement côté Saint-Ouen pour les précaires audoniens embellirait votre image auprès de vos administrés, ainsi que l’image de la ville. L’octroi de ce fameux emplacement légal apportera un peu plus de joie dans le cœur de ces précaires et un peu de beurre dans leurs épinards. Ouvrez, Madame, votre cœur et laissez exprimer le bon côté, on vous l’a toujours dit et répété sans se lasser.
In fine, terminons cette modeste chronique par un sourire s’il en est. D’abord le jeudi 15 octobre 2009 lors du bilan de M. Delanoë à la mairie du 18e et, à deux reprises, M. Daniel Vaillant ont été invités à rendre visite au fameux « carré » qu’il a créé. On l’attend toujours de pied ferme. Il sera bien reçu. Et à propos de la mairie du 18e et à ses services de la voierie et des espaces verts, nous voulons attirer leur attention sur le fait que, sur la petite partie du pont du côté de la rue Louis-Pasteur-Valery Radot et juste en face du bus de l’association Aurore dont la vue panoramique donne sur une palissade verdoyante, qui offre des balades quotidiennes d’une armée ou colonie de rats tôt le matin (ou même en plein jour) posant pour les curieux et des fois aux touristes qui les prennent en photo. Spectacle gratuit et désolant d’autant plus que ces « pestiférés » au regard inquisiteur ne manquent pas, avant de rejoindre leur tanière, et au passage de lancer cette fois un clin d’œil amusé et complice aux biffins, leurs nouveaux voisins, leur souhaitant la bienvenue afin de sceller leur nouvelle cohabitation de bon voisinage. Cela se passe toujours sur la palissade jouxtant la sanisette dont tout le monde attend avec impatience l’inauguration. J’espère que les services de la mairie feront le nécessaire en éradiquant cette peste. J’espère que les amis des animaux ne m’en voudront pas beaucoup et je suis désolé pour nos amis les touristes de les avoir privés de ce spectacle gratuit en souvenir de notre cher « carré », le premier créé dans la ville lumière. La mairie du 18e ne doit pas tendre un miroir dans lequel personne ne se reconnaîtra.

  Ben, le biffin

PS. Le 13 février 2010, M. Vaillant et ses adjoints ont honoré par leur visite le « carré des biffins », si modeste soit-il. Merci à tous. Nous leur avons signalé nos préoccupations, dont acte. Le jour même sur Canal + l’émission « l’Effet papillon » a révélé un M. Briant, adjoint à M. le Maire et, pardonnez du peu, chargé de l’insertion, après avoir brillé par d’anciennes déclarations en traitant les Roumains de « pilleurs » de Relais, il récidive en omettant de souligner avant tout le côté traditionnel historique et primordial de la biffe, origine de la création du marché aux Puces de Saint-Ouen. Quant à ses intentions de s’attaquer à la misère par la promotion de l’insertion, on ne peut que s’en féliciter. Voici la réponse du berger à la bergère qui ne cautionne pas la démagogie ni la politique politicienne qui ne feront que « déborder l’urne. » Merci à tous. »

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